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Acupuncture et inflammation : agir sur les mécanismes sou-jacents

L’inflammation est un mécanisme de défense essentiel de l’organisme. À court terme, elle protège et répare. Mais lorsqu’elle devient chronique — alimentée par le stress, une alimentation inadaptée, des maladies auto-immunes ou le vieillissement —, elle se transforme en un facteur central de nombreuses pathologies : douleurs articulaires, maladies cardiovasculaires, troubles métaboliques, pathologies neurologiques et cancers.

L’acupuncture dispose aujourd’hui d’un ensemble solide de preuves scientifiques documentant son action anti-inflammatoire. En activant des voies neurophysiologiques précises, elle réduit la production de cytokines pro-inflammatoires, module la réponse immunitaire et contribue à restaurer l’équilibre biologique perturbé par l’inflammation chronique. Cette synthèse présente ces mécanismes et leurs applications cliniques les mieux documentées.

 

Comment l’acupuncture agit-elle sur l’inflammation ?

L’effet anti-inflammatoire de l’acupuncture repose sur plusieurs mécanismes neurobiologiques complémentaires, aujourd’hui documentés par des études précliniques et cliniques rigoureuses :

 

  1. Activation de la voie anti-inflammatoire cholinergique via le nerf vague

Le mécanisme le mieux documenté est l’activation du nerf vague, qui déclenche ce que les chercheurs appellent la « voie anti-inflammatoire cholinergique ». Des études ont montré que la stimulation du point d’acupuncture ST36 (Zusanli) active le nerf vague, lequel libère de l’acétylcholine dans la rate, inhibant la production de TNF-α par les macrophages. Cet effet, reproductible et mesurable, constitue un pont direct entre l’aiguille et la réduction systémique de l’inflammation.¹

  1. Régulation des cytokines pro-inflammatoires

L’acupuncture réduit significativement les niveaux circulants des principales cytokines pro-inflammatoires : TNF-α, IL-1β, IL-6 et IL-17. En parallèle, elle favorise la production de cytokines anti-inflammatoires et régulatrices (IL-10, TGF-β), contribuant à rééquilibrer la balance inflammatoire. Cet effet a été documenté dans des modèles d’arthrite, de maladies intestinales inflammatoires et de maladies respiratoires.²

  1. Inhibition de la voie NF-κB

NF-κB (facteur nucléaire kappa B) est un régulateur central de l’inflammation : son activation déclenche la transcription de nombreux gènes pro-inflammatoires. Des études montrent que l’acupuncture, notamment l’électroacupuncture au point ST36, inhibe l’activité de NF-κB, réduisant ainsi l’expression des gènes de l’inflammation en amont de leur production. Cet effet explique en partie l’action durable de l’acupuncture sur les états inflammatoires chroniques.³

  1. Modulation de la polarisation des macrophages

Les macrophages sont des cellules immunitaires clés qui peuvent adopter deux profils opposés : pro-inflammatoire (M1) ou anti-inflammatoire et réparateur (M2). Dans les états inflammatoires chroniques, la balance penche vers le profil M1. L’acupuncture favorise la polarisation vers le profil M2, réduisant l’inflammation locale et systémique tout en soutenant la réparation tissulaire.⁴

  1. Réduction du cortisol et de l’inflammation liée au stress

Le stress chronique entretient l’inflammation via l’élévation prolongée du cortisol et l’activation du système nerveux sympathique. En régulant l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et en réduisant les niveaux de cortisol, l’acupuncture coupe l’un des principaux circuits d’entretien de l’inflammation chronique, offrant un bénéfice à la fois sur le stress et sur l’état inflammatoire sous-jacent.⁵

 

Applications cliniques : ce que disent les études

Les preuves scientifiques disponibles couvrent un large spectre de pathologies inflammatoires. Voici les conditions pour lesquelles les données sont les plus solides.

 

  • Tendinites et pathologies musculo-squelettiques inflammatoires : Les tendinites (épicondylite latérale, tendinite achilléenne, tendinite de la coiffe des rotateurs), les douleurs myofasciales et les syndromes d’enthèse impliquent tous une composante inflammatoire locale. L’acupuncture agit sur ces tissus en réduisant l’expression locale des cytokines pro-inflammatoires, en améliorant la microcirculation au niveau du tendon et en modulant la réponse nerveuse périphérique à la douleur. Une revue systématique portant sur 6 essais contrôlés randomisés conclut à une forte évidence d’efficacité pour l’épicondylite latérale, avec des résultats positifs documentés pour les autres localisations tendineuses et musculo-squelettiques. — Trinh KV et al., Rheumatology. 2004 ; Xiong J et al., Front Neurol. 2024.
  • Maladies inflammatoires de l’intestin (MICI) : L’acupuncture réduit les cytokines pro-inflammatoires intestinales (TNF-α, IL-6) et améliore les scores cliniques de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique, en agissant via le nerf vague et l’axe cerveau-intestin. — Yang X et al., Medicine. 2022.
  • Inflammation respiratoire (BPCO, asthme) : Une méta-analyse portant sur des modèles cliniques et précliniques montre que l’acupuncture réduit les cytokines inflammatoires (TNF-α, IL-8) dans les pathologies respiratoires inflammatoires, améliorant la fonction pulmonaire et réduisant les épisodes d’exacerbation. — Lee S, Kim SN. Front Immunol. 2022.
  • Polyarthrite rhumatoïde et arthrose : Des méta-analyses documentent une réduction significative des marqueurs inflammatoires (CRP, VS, TNF-α) et une amélioration de la douleur et de la mobilité articulaire chez des patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde et d’arthrose. L’acupuncture s’intègre efficacement comme thérapie complémentaire aux traitements de fond. — Yu WL, Kim SN. Front Genet. 2023.²
  • Spondylarthrite ankylosante : Une méta-analyse de 2025 portant sur plusieurs essais contrôlés randomisés conclut à l’efficacité de l’acupuncture pour réduire la douleur, l’indice BASDAI (activité de la maladie) et les marqueurs biologiques d’inflammation dans la spondylarthrite ankylosante. — Zhang J et al., Front Neurol., 2025.
  • Maladies inflammatoires pelviennes : Une méta-analyse de 2024 portant sur 84 essais contrôlés randomisés (8 147 patients) rapporte une efficacité supérieure de l’acupuncture et de ses variantes (moxibustion, ventouses) sur les douleurs et les marqueurs inflammatoires des maladies inflammatoires pelviennes chroniques. — Yi L et al., PLOS ONE. 2024.
  • Neuroinflammation et déclin cognitif : Des études montrent que l’acupuncture réduit la neuroinflammation — un facteur clé dans les maladies neurodégénératives comme Alzheimer — en diminuant les cytokines inflammatoires cérébrales (TNF-α, IL-1β) et en améliorant les performances cognitives dans des modèles animaux. — Wu ZG et al., Front Aging Neurosci. 2023.
  • Cancer — soutien immuno-inflammatoire : Une méta-analyse de 2024 (56 études) portant sur des patients cancéreux montre que l’acupuncture augmente les cellules NK et les immunoglobulines (IgG, IgM) et réduit les marqueurs inflammatoires, soutenant ainsi le système immunitaire fragilisé par les traitements oncologiques. — Liu W et al., Integr Cancer Ther. 2024.

 

 

Points importants à retenir

  • L’acupuncture agit sur l’inflammation via des mécanismes neurobiologiques précis et mesurables, pas uniquement par un effet placebo.
  • Elle ne remplace pas les traitements anti-inflammatoires conventionnels en cas de pathologie sévère, mais s’intègre efficacement comme approche complémentaire.
  • Les effets sont dose-dépendants et nécessitent un protocole régulier, notamment dans les pathologies inflammatoires chroniques.

 

Conclusion

L’inflammation chronique est aujourd’hui reconnue comme un facteur commun à de nombreuses maladies modernes. L’acupuncture dispose d’un corpus scientifique solide documentant son action anti-inflammatoire multimodale : activation du nerf vague, réduction des cytokines pro-inflammatoires, inhibition de NF-κB, modulation des macrophages et régulation du cortisol.

Qu’il s’agisse de pathologies articulaires, digestives, respiratoires, pelviennes, neurologiques ou oncologiques, l’acupuncture constitue une approche complémentaire pertinente pour réduire l’inflammation chronique, soulager les symptômes et améliorer la qualité de vie — avec un excellent profil de tolérance et l’absence d’interactions médicamenteuses.

Pour toute question concernant l’indication clinique ou l’intégration de l’acupuncture dans un parcours de soins, n’hésitez pas à en discuter avec votre praticien.

 

 

Références

¹  Zhu MZ, et al. Anti-Inflammatory Effects of Acupuncture Stimulation via the Vagus Nerve. PLOS ONE. 2016;11(3):e0151882. doi:10.1371/journal.pone.0151882

²  Yu WL, Kim SN. The effect of acupuncture on pain and swelling of arthritis animal models: A systematic review and meta-analysis. Front Genet. 2023;14:1153980. doi:10.3389/fgene.2023.1153980

³  Lee JD, et al. Anti-Inflammatory Effects of Acupuncture at ST36: NF-κB inhibition. Front Immunol. 2022;13:878463. doi:10.3389/fimmu.2022.878463

⁴  Chen H, et al. Immunomodulatory mechanisms for acupuncture practice: macrophage polarization. Front Immunol. 2023;14:1147718. doi:10.3389/fimmu.2023.1147718

⁵  Eshkevari L, et al. Acupuncture blocks cold stress-induced HPA axis activation. J Endocrinol. 2013;217(1):95–104. doi:10.1530/JOE-12-0404

Zhang J, et al. Efficacy of acupuncture in ankylosing spondylitis: systematic review and meta-analysis. Front Neurol. 2025. doi:10.3389/fneur.2025.1716550

Yi L, et al. Acupuncture therapies for chronic pelvic inflammatory disease: network meta-analysis. PLOS ONE. 2024;19:e0292166. doi:10.1371/journal.pone.0292166

Wu ZG, et al. Effect of acupuncture on neuroinflammation in Alzheimer’s disease. Front Aging Neurosci. 2023;15:1110087. doi:10.3389/fnagi.2023.1110087

Liu W, et al. Systematic review and meta-analysis of acupuncture for immune and inflammatory markers in cancer patients. Integr Cancer Ther. 2024;23:15347354241302072. doi:10.1177/15347354241302072